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Posted by : Palabre-Infos 6 mai 2012

François Hollande, le nouveau président de la France
Faut-il que l’astre strausskahnien soit aveuglant, en cet été 2010, pour que les délégués et les dirigeants du PS, réunis en université d’été, à La Rochelle, ne remarquent rien de particulier chez François Hollande. Rien dans le regard, rien dans la silhouette. Pas davantage, évidemment, dans ce masque protecteur, si utile – sourire, humour et bonhommie – que leur ancien premier secrétaire affiche depuis si longtemps à leur contact. C’est à peine s’ils notent qu’il fait le jeune homme, depuis sa rupture avec Ségolène Royal et son idylle avec Valérie Trierweiler. Lunettes mode, costumes plus lumineux, tour de taille et visage en voie d’amincissement.

Il est bronzé, mais on est en août, et ils le sont à peu près tous, et ils ont tant à faire à se jauger eux-mêmes. Les déchirements du funeste congrès de Reims, à l’automne 2008, sont à peine apaisés. Avec ses bourrages d’urnes, la rue de Solferino avait tout bonnement risqué les plaintes en justice pour tricherie. Alors, tous les courants respectent la consigne: le parti, surtout en exhibition estivale, est condamné à présenter une bonne mine unitaire. 

Mais tous ont en tête la perspective, qui maintenant se rapproche, de l’élection présidentielle de 2012. De plus en plus impopulaire, Nicolas Sarkozy est «prenable», tout le monde le sent. La crise économique ramène bien des Français vers l’opposition. Alors, ils sont nombreux à se rêver dans la lumière.
Martine Aubry, la première secrétaire, achève de marginaliser sa rivale, Ségolène Royal, laquelle ne peut plus retenir ses anciens alliés quadras, Vincent Peillon, Arnaud Montebourg, Manuel Vals, qui s’égaillent hors du nid, faute, pour l’instant, d’un autre chef de file dûment circonscrit.

Un homme du passé et des échecs

En fait, cette université d’été n’en a que pour DSK. Interdit d’engagement politique, le directeur du FMI n’est pas là mais son fantôme est partout présent. Dira-t-il, finalement, s’il est candidat? Préférera-t-il sa vie de nabab à Washington et ses tours du monde en «first class»? 

En cas de désistement, Martine Aubry aura-t-elle réellement son onction, comme l’affirment tous ceux qui s’efforcent de se tenir à égale distance des deux? Revenant comme ressac océanien, ces questions, ces analyses, même encore au doigt mouillé, bercent d’une douce euphorie le rendez-vous rochalien. Si l’élection présidentielle avait lieu, cet été-ci, DSK écraserait Nicolas Sarkozy (59%). La première secrétaire elle-même, malgré l’épisode de Reims, battrait nettement le locataire de l’Elysée (53%). Seule Ségolène échouerait (49%).

Et François Hollande? Selon la même enquête d’opinion, il aurait ses chances (50%). Mais, curieusement, ses compagnons de parti sautent la ligne de son nom, dans les sondages. François Hollande ne compte pas, au chapitre des ambitions présidentielles. «Il n’imprime pas», comme le dit l’un de ses amis. Il porterait même plutôt la poisse, pour avoir été associé, de par sa proximité, ou sa fonction de premier secrétaire, au rendez-vous manqué de Jacques Delors et aux échecs de Lionel Jospin, puis de Ségolène Royal. 

En 2010, François Hollande appartient au passé du PS, sur fond de grisaille, et de maintien forcé dans l’opposition. A La Rochelle, luit un soleil prometteur. DSK ou bien Aubry, l’avenir devrait sourire.

Pourtant, il est là, disert, brillantissime, comme d’habitude, sur le jeu de go socialiste, quand on sollicite son expertise. Inoffensif aussi, croient-ils. François Hollande à peu près tel qu’il se montre aux siens, «Flamby» ou «Culbuto», depuis son embarquement sans billet de retour pour le PS, en 1981. A un détail près. A La Rochelle, il dit: «je». Assez furtivement encore, devant quelques journalistes seulement, mais il dit: «je». Il prononce cette phrase invraisemblable, incongrue dans sa bouche: «Mon atout, c’est moi».
Il ne cherche pas à persuader, et ce n’est pas dans cette enceinte qu’il y réussirait. Il est juste venu rendre compte, en petit comité, modestement, de son état d’esprit. Et confirmer : il sera candidat, probablement, il pense tout faire pour, depuis un an déjà, mais il ne sera pas un «candidat de 2e choix». Plutôt de contrepied. «Ce qui compte, c’est le sérieux, le travail et la détermination», explique-t-il. 

Avec un tel credo, assez peu festif, fait-il allusion à DSK, ce socialiste trop facile, trop avancé du côté du mondialisme financier? A Nicolas Sarkozy, et à sa présidence bling-bling? Aux deux. Et au monde occidental tel qu’il est devenu, et que les deux hommes, à des niveaux divers, peuvent symboliser aux yeux des Français. Son vieil ami Michel Sapin, député de l’Indre, ancien ministre de l’économie, est plus précis encore: «Un autre profil. La France a besoin d’une certaine forme de modestie».
D’où cette idée d’un «président normal», qui fait son chemin, à partir de 2009, à mesure que, sur fond de crise financière et économique, les médias multipliaient les images de DSK et de Sarkozy, dans leurs décors socialement avantageux. 

François Hollande n’a pas eu à chercher loin. Juste à puiser en lui. Sa vie. Sa morale personnelle. Un homme normal, volontiers moqué pour tel, c’est ce qu’il a toujours été, souvent à son détriment, et malgré ses propres aspirations à l’ambition. Au pays des vanités, il est certain, au moins, que ses rivaux, rue de Solferino, puis un jour, peut-être, s’il est désigné, ceux de droite, ne lui disputeront jamais pareil slogan.

Se cacher derrière un autre

Alors, oui, un homme s’avance, un homme normal, en effet, que personne ne voit encore venir. Il n’y a pas eu de déclic. Aucune soudaine inspiration à sa mise en route. Aucun drame personnel, même si la mort de sa mère, Nicole, en 2009, et ses impossibles relations, depuis 2006, avec Ségolène Royal, si longtemps sa compagne, et la mère de ses quatre enfants, l’ont rendu plus grave. 

François Hollande est en marche, car il est enfin parvenu à un stade avancé de fatigue de lui, ou de son fonctionnement. Il est candidat parce qu’il ne sait plus comment retarder plus longtemps sa décision de l’être. Usure de l’évitement. Stock d’esquives épuisé. Impossibilité, faute de mentor, à se cacher encore une fois derrière l’investiture d’un autre, à laquelle se vouer. 

En 2003, tout en se prétendant tenté, déjà, par l’aventure présidentielle, il faisait toujours le siège de Lionel Jospin pour persuader celui-ci, malgré la cuisante défaite du 21 avril 2002 et son retrait de la vie politique, de prendre la tête d’une nouvelle épopée élyséenne. Absurde? Sans doute. Mais François Hollande l’a fait.
Dans une vie politique surchargée d’ego, il a toujours été partageux. D’une rondeur arrangeante, au milieu des personnalités tranchées du PS. Au point que beaucoup n’ont voulu voir dans son art de la médiation et son goût pour «la synthèse» que la preuve de ses atermoiements. D’où les surnoms désobligeants, et les traits d’ironie qu’il s’attire depuis trente ans. 

Cette réputation d’homme lige - malgré son physique. A 16 ans, quand il se prend d’admiration pour le Mitterrand de la conquête d’Epinay, plutôt que de choisir le gauchisme étudiant ou le théâtre, comme se copains, Christian Claverie et Thierry Lhermite, puis à Sciences Po, à HEC, à l’ENA, François Hollande pense déjà l’action militante comme une mission collective. 

«Investir l’appareil d’Etat de l’intérieur», et à plusieurs, en groupe, tel est son mot d’ordre. A l’ENA, promotion Voltaire, celle de Dominique de Villepin et de Ségolène Royal, il se fait des amis pour la vie, Michel Sapin, Jean-Pierre Jouyet, l’actuel président de l’Autorité des marchés financiers ou Jean-Pierre Ripert. Mais il se débrouille aussi pour fondre ces amitiés en des attelages au service du mitterrandisme. «Les Voltaire». 

Puis, avec d’autres, auquel il restera toujours aussi fidèle, parmi lesquels l’avocat Jean-Pierre Mignard, Jean-Louis Bianco, Julien Dray, Stephane Le Foll, Yvan Le Drian, il lance une une initiative après l’autre, comme «les transcourants», pour atténuer l’influence, au PS, des courants; ou une association pour la candidature de Jacques Delors. Même son histoire d’amour avec Ségolène Royal - «Miss Glaçon», à l’ENA - est passée, des années durant, pour un noyau de combat.

«Prédisposé au bonheur»

Il est un animateur hors pair. Les mauvaises langues diront vite : un apparatchik. « Le petit boutiquier » du parti socialiste. François Hollande paraît toujours pousser les autres devant lui. Peut-être comme un bouclier. Ou pour permettre à sa pudeur de respirer. «Il a toujours pensé plus vite, relève l’un de ses proches. Mais pour rien. En tout cas, pas pour lui». C’est vrai, il s’est fait parfois marcher sur les pieds.
Il a souvent été oublié dans les distributions. Il rêvait d’être ministre des Finances. Ne l’a jamais été. S’est parfois fait doubler par plus décidé ou plus inconscient que lui, comme en 2006, en famille, par Ségolène Royal. 

Sa bonne nature est une évidence. On le croit «prédisposé au bonheur». Il est capable de se présenter, sans rancune, au lendemain d’un affront, auprès de celui qui l’a trahi. Un homme de qualités. Mais pas la matière, pense-t-on, d’une destinée personnelle. De celles, hautaines, charismatiques, qui génèrent les parcours présidentiels, entre grandeur et tragique. 

Faute d’avoir pu percer ses douleurs secrètes et le mystère de son rapport à la gloire, ses rivaux comme certains de ses amis, ne peuvent se retenir d’attribuer son investiture, peut-être demain, sa victoire, à un concours de circonstances. A l’empêchement de DSK, dans une chambre de Sofitel. A la force de l’antisarkozisme, dans le pays.

François Hollande, en 2009, s’est lancé dans la discrétion. Aucune incantation à la rupture. Pas de discours de Conflans-Sainte-Honorine ou de Cintegabelle. Il avait  passé sans drame le relais de Solferino à Martine Aubry. Il s’effaçait avec discipline, apparemment sans amertume, gardant ses mandats d’élu corrézien, et le soutien des électeurs de Tulle. Il n’avait changé que d’histoire d’amour.
Pour le reste, comme d’habitude, il a laissé dire. Il a juste prévenu une poignée de proches qu’il avait besoin d’eux. Banalement. «J’ai pris la route, à mon rythme, écrit-il dans son livre-programme, «Changer de destin», sans tenir compte des pronostics, des coteries, des commentaires goguenards de ceux qui prévoient tout et qui ne voient rien». 

Il a ressorti le vieux guide mitterrandien à usage du solitaire en campagne. La Corrèze, puisque François Mitterrand était, lui, parti de son bastion de la Nièvre, à la fin des années 70. Le tour, méthodique, appliqué, des fédérations socialistes. La province plutôt que Paris. 

Le 27 juin 2009, il veut tester sa popularité, à Lorient. A peine cinq cents personnes se déplacent. La même semaine, comme le note Serge Raffy, le biographe de François Hollande, Dominique Strauss-Kahn recevait plusieurs centaines d’invités, à l’occasion de son anniversaire, au pavillon Napoléon III des Buttes Chaumont. Le candidat «normal» de Lorient n’avait pas reçu d’invitation. 

Il n’en a cure. Cela l’arrange, même. L’élite est devenue suspecte d’ambiguïté, dans la capitale. Même à gauche. Non qu’il néglige le poids des « marchés » financiers sur l’humeur des capitales européennes, bien au contraire. Il travaille d’arrache-pied son programme économique, entre égalité sociale et réalisme, entre croissance et rigueur. 

Ce passionné de questions fiscales prépare une ample réforme des impôts. Mais plus au loin. De bourgs en villes moyennes. En replongeant au coeur des traditions socialistes, localement, sur des terres non oublieuses du vieil idéal de justice. Quarante ans plus tard, le même labourage patient et obstiné que François Mitterrand. Que Jacques Chirac aussi, son voisin, peu à peu devenu, sur le tard, son parrain de Corrèze.

Le profil et la nécessité

Lorsque commencent les réjouissances des primaires à l’investiture, François Hollande s’est manifestement densifié. Il a appris en marchant. Cela ne se voit qu’à des signes, inflexions vocales ou gestes de la main. Il a pris un bol d’air, on ne sait où, mais il paraît revenir dans un état de grande forme auprès des siens. Il est désormais inspiré, à travers le temps, par Jean Jaurès, par le Corrézien Henri Queuille, évidemment par Mitterrand. 

Sa pensée est plus profonde. Il est lesté par le pays. Gorgé d’attentes sociales. Son humour est plus assassin, dès qu’il est question de la vie quotidienne, du chômage, plus encore de l’avenir des jeunes. A propos de Nicolas Sarkozy et de son quinquennat, il ne ferraille plus. Il cogne. Désormais, il doit se sentir légitime. D’abord à ses propres yeux.

Il est difficile de mesurer le poids de cette alchimie, à travers lui, de la géographie et de l’histoire, et de la lente remontée du pays et du parti, dans le score indiscutable que François Hollande réalise aux primaires socialistes d’octobre 2011 -  56% au second tour, contre 43% pour Martine Aubry. Mais il pèse, forcément.
Le candidat vient déposer, aux pieds des «électeurs sympathisants», un PS un peu passé de mode, en un temps où, justement, la mode, politiquement parlant, libéralisme, parisianisme, élitisme, paraît lasser ceux qui voudraient encore protéger leurs convictions; déposer aussi le bon sens militant, parfois perdu, de la base, le besoin d’orthodoxie de la province, un socialisme quotidien et raisonnable, européen et patriotique à la fois, nostalgique des temps reculés de «l’unité», contre les jeux florentins de l’appareil. 

Le candidat «normal», l’honnête homme, désormais investi, soulage également bien des consciences, à gauche, encore sonnées, entre honte et effroi, par la perdition de l’hypothèse DSK dans le fait divers. François Hollande est, de ce point de vue, désigné à point nommé. Miraculeusement, presque, au regard de la morale et de l’idéal, tels que la gauche les revendique pour héritage. 

Soudain, ses valeurs personnelles, son parcours, aujourd’hui, on dirait: son profil, collent à la nécessité, largement ressentie par les socialistes, de sérieux et de modestie, dans la geste présidentielle qui s’annonce. Quelque soit le degré d’estime que lui portent ses compagnons, et parmi eux, d’abord, ceux qui entrés en lice contre lui, l’homme de Tulle présente aussi l’énorme avantage d’être le mieux préparé. Certaines des candidatures aux primaires ont dû, elles, parfois s’improviser, et se résoudre d’abord au deuil du plébiscite hier promis à Dominique Strauss-Kahn.

Des faiblesses devenues des forces

La chronique interne s’est retournée en sa faveur, et il doit en apprécier l’ironie. Il devient naturellement, et pour une fois sans querelle de tendances, celui qui peut tenter de redorer l’aventure de la gauche à la présidentielle. Sa parfaite connaissance des erreurs accumulées lors des campagnes de 2002 et de 2007 lui confère désormais une prédominance en interne que personne ne peut revendiquer.

N’était-ce pas lui, lui d’abord, comme premier secrétaire, comme représentant symbolique des «éléphants» du parti, que les deux campagnes successives s’étaient obstinées à tenir à distance, préférant à l’appareil des engouements glamour, en rupture de tradition, pour les communicants d’Euro-RSCG, dans le cas de Lionel Jospin, puis pour le mouvement Désir d’avenir, dans celui de Ségolène Royal? 

Alors que ce n’est plus son rôle, en une semaine, il redevient, ou devient, même, car il n’a jamais pu l’être à ce point, lorsqu’il était en fonction, le chef incontesté des socialistes. Ses manques supposés d’hier sont devenus miel. Ses traits de personnalité, son caractère dénué de rancœur, son peu de goût pour les mises à l’écart, permettent, par exemple, à l’ex-strausskahnien Pierre Moscovici, à Laurent Fabius, le plus constant de ses détracteurs, à des «ségoléniens» comme Vals ou Peillon, de figurer en bonne place dans son état-major de campagne, au milieu des amis de jeunesse et des fidèles des années 80.

Il rêvait de «transcourants»? Le parti, fin 2011, paraît avoir oublié jusqu’au sens du mot «courant». Il a passé sa vie à préférer se mettre à leur service, au moins au service de l’un d’eux? Ils sont bons, à la télé, à la radio, Vals, Aubry, Ségolène, même Montebourg, le rétif. Unitaires pour cent, en son nom, et apparemment, sans arrières pensées. Il se murmure bien, quelques heures, qu’ils se répartissent déjà les postes? D’un communiqué, le candidat referme la boîte à songes. Depuis, l’état major de Nicolas Sarkozy ne sait plus comment les opposer les uns aux autres. 

Le chef de l’Etat, dit-on, aurait préféré être opposé à DSK. On sait aujourd’hui pourquoi: le piège de la dénonciation d’affaires de mœurs, à Lille, était prêt. Ou à Martine Aubry, qu’il supposait prompte à sortir de ses gonds, comme hier Ségolène Royal, lors d’un débat télévisé. Pas de chance. 

Il se voit opposer un curieux animal assez insaisissable: un cheval de retour, mais sans casseroles, et qui n’a pas à endosser, par exemple, le bilan des 35 heures; un novice aussi, sans expérience gouvernementale, ce qui a d’abord réjoui la majorité, avant que celle-ci ne remise sa critique, mais qui a eu assez de temps libre pour devenir le commissaire, précis, inquisiteur, aux comptes du quinquennat. A tout prendre, maintenant, Nicolas Sarkozy aurait sans doute préféré savoir son adversaire plus occupé.

On pensait Français Hollande peu enclin à flatter sans cesse son orgueil. Voilà que, dans le mouvement, de tréteaux en préaux, cet ancien débonnaire, ce modéré historique s’est mis à exercer une défense et illustration de plus en plus sourcilleuse, passionnée, du butin amassé depuis trois ans. Ses soixante propositions. Sa préférence donnée à l’éducation. Sa refonte des impôts sur les revenus. 

Un projet devenu pré carré, devenu territoire sacré, qu’il arpente, avec une vigilance de chaque instant. Qui pourrait encore trouver, dans la musette du candidat, la preuve d’une «gauche molle» - critique autrefois formulée par Martine Aubry à son propos?

François Hollande, l’homme de «la synthèse»? En effet. Mais qui, même parmi ses proches, aurait pu deviner que celle-ci une fois établie dans son esprit, son programme à mi-gué verrouillé, il mettrait autant de vigueur et de tels accents à les éclairer, pendant la campagne? Qu’il tiendrait les deux bouts avec une telle fougue, la réduction des déficits publics et la croissance, le réalisme des économies à réaliser et la nécessaire audace sociale? 

Si Arnaud Montebourg, ou plus encore Jean-Luc Mélenchon avait lancé: «mon adversaire, c’est le monde de la finance», comme François Hollande l’a fait au Bourget, le 22 janvier, l’attaque aurait fait moins de bruit. François Hollande est peut-être en train de revisiter le romantisme enflammé du possible. Menses-France et Delors, mais aussi Jaurès et Mitterrand. 

Comme ce dernier, en 1980, le candidat socialiste de 2012 est allé quérir à Carmaux, le 16 mars, la bénédiction de Jean Jaurès, dans les chants d’outre-tombe des mines de charbon en grève, qu’on entend encore, le soir, quand le vent est au sud. Il s’en est expliqué: le député de Carmaux, inspirateur du socialisme moderne, avait prononcé en 1903, à quelques kilomètres de là, son fameux discours à la jeunesse, et ce faisant, posé les jalons de ce que la légende de la gauche allait retenir comme «la synthèse jaurassienne». «Entre la radicalité et la responsabilité», précisait François Hollande. 

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